Au sommet de la colline se dressait un grand château dont la silhouette se découpait sur le ciel sombre. Ses tours menaçantes se dressaient, assombries par la forêt voisine. Un fossé rempli d’eau d’un vert foncé l’entourait. Des corbeaux tournoyaient au-dessus.

Plus bas, dans la vallée, coulait une rivière qui serpentait le long des champs. Le long des rives s’étalait un village avec de petites maisons blanches et des toits en ardoise. La plupart des habitants étaient des paysans qui travaillaient la terre, et les travaux variaient selon les saisons. En cette saison froide, les eaux de la rivière étaient tumultueuses et charriaient des branchages. Les paysans se réunissaient chez les uns ou les autres pour discuter, raconter des histoires, partager un verre de vin ou un souper autour d’un feu de bois.

On racontait dans le pays qu’un des leurs avait trouvé de l’or dans des rochers cachées dans la forêt. Cet homme vivait dans une petite maison avec sa femme et ses deux filles, un peu à l’écart du village. Il s’appelait François. Il avait ainsi pu réparer sa maison, construire une nouvelle étable pour ses vaches, en racheter 4 autres, acheter un cheval pour tirer son charriot. Ses filles portaient de nouveaux vêtements et sa femme avait engagé une petite servante pour l’aider à la ferme. Tout ces faits, connus de tous, faisaient courir les imaginations.

Chacun se disait que si de l’or se trouvait dans la forêt, tout le monde pouvait en trouver et améliorer ses conditions de vie, comme François l’avait fait. Les hommes décidèrent donc de partir chercher cet or dès le lendemain comme il n’y avait pas grand-chose à faire dans les champs en cette saison et que les femmes pouvaient s’occuper des vaches, des moutons et des volailles.

C’est ainsi que dès le lendemain matin une dizaine d’hommes partit pour la forêt. Les femmes leur avaient préparé du pain et du fromage pour la journée. La forêt se trouvait à moins d’une lieue mais la journée bien qu’ensoleillée était froide. Aussi les hommes marchèrent ils rapidement. Arrivés dans la forêt ils décidèrent de prendre le chemin le plus à gauche qui s’en allait vers les rochers qu’ils connaissaient. Mais arrivés auprès de ces rochers, ils ne virent rien qui ressemblait à de l’or, ni aucune cavité leur permettant de penser qu’il leur faudrait descendre dans une grotte. Ils longèrent alors les rochers et finirent par trouver une sorte de caverne dans laquelle ils entrèrent pour se reposer et se restaurer. Ils allumèrent un feu avec des branchages pour se réchauffer. Ils virent alors qu’un chemin étroit descendait dans l’intérieur de la terre et après s’être restaurés ils se fabriquèrent des torches pour pouvoir s’éclairer.

Le chemin étroit descendait rapidement et après avoir marché un bon moment ils arrivèrent dans une sorte de rotonde au bout de laquelle coulait une rivière. Etonnés, ils éclairèrent les parois avec leurs torches et s’aperçurent qu’elles brillaient d’un étrange éclat.

  • Qu’est-ce que c’est que ça ? dit l’un
  • Ça pourrait être de l’or, dit un autre
  • Comment le savoir, il faudrait en prendre un morceau et le ramener au village
  • Mais comment l’extraire, nous n’avons ni pelle ni pioche ?
  • On va rentrer et revenir avec ce qu’il faut pour en extraire un morceau

Et ils firent ainsi.

C’est ainsi que le jour suivant ils repartirent vers cette grotte. Prélever des morceaux brillants n’était pas chose aisée mais ils en prélevèrent suffisamment afin de savoir si c’était bien de l’or qu’ils avaient trouvé. Ils décidèrent alors d’apporter des échantillons à un vieil homme vivant au village, une sorte de magicien, qui pourrait leur dire ce dont il s’agissait.

Ce vieil homme vivait dans une petite maison. Au plafond pendaient tas de plantes aromatiques qui dégageaient de bonnes odeurs. Sur une étagère, s’alignaient de petits flacons de différentes couleurs et différentes pierres. On appelait ce vieil homme Maître Benoit. Pas très grand, le regard vif, il portait une barbe blanche.

  • Bonjour Maître Benoit dit Pierre, on vous apporte quelque chose qu’on a trouvé dans la forêt, on voudrait savoir si ça vaut quelque chose.

Maître Benoit se leva et regarda tous les présents d’un drôle d’air. Puis il prit l’échantillon, le soupesa, le mordit et leur dit :

  • Alors vous aussi vous avez trouvé de l’or !

Et devant la mine réjouie de ceux qui l’entouraient il poursuivit :

  • Faites attention, que cela ne vous monte pas à la tête, l’or attire les convoitises, les guerres peuvent en découler, restez discrets si vous ne voulez pas avoir de problèmes. Pour changer cet or, je vous suggère de ne pas le faire ici mais de vous rendre dans une autre ville ou personne ne vous connaîtra.
  • Merci Maître Benoit dit Pierre, nous sommes venus directement vous voir sans rien apporter mais je vais envoyer ma fille aînée pour vous porter des œufs.

Une fois dehors, les amis n’en revenaient pas. Maintenant ils devaient s’organiser pour récupérer de l’or aussi discrètement que possible et ensuite s’organiser pour le vendre.C’est ainsi que le lendemain ils retournèrent dans la forêt avec des pelles et des pioches et de quoi mettre ce qu’ils parviendraient à extraire. Mais leurs épouses se demandaient ce qu’ils faisaient d’autant qu’elles leur préparaient de quoi se restaurer et que leurs époux rentraient tout salis et fatigués. Quelques jours plus tard, les hommes se séparèrent en 4 groupes et décidèrent d’aller chacun dans une ville voisine pour échanger l’or. Les sommes qu’on leur donna les émerveillèrent. Ils allaient pouvoir s’acheter plein de choses, améliorer leurs existences, celles de leurs familles, acheter du bétail, ce qui leur permettrait de vendre davantage d’œufs, de légumes, de blé, peut-être même de construire une maison bien à eux. Chacun cacha l’argent ainsi obtenu afin que personne ne le vole.

​​​​​​Cependant les épouses étaient très intriguées lorsqu’elles virent arriver dans leurs fermes des vaches, des brebis, des chevaux et se demandaient comment leurs maris les avaient payés. Elles commencèrent à penser qu’ils avaient commis quelques vols et se mirent à craindre qu’ils ne soient arrêtés. Pensant les calmer, les hommes allèrent en ville et achetèrent des tissus pour en faire de jolis vêtements et les offrir à leurs femmes mais cela ne fit que redoubler leurs craintes. Finalement les hommes furent obligés de raconter à leurs femmes d’où provenait l’argent qui leur avait permis d’acheter tous ces biens.

De fil en aiguille, cela ne passa pas inaperçu aux yeux de la communauté, et comme ces hommes étaient de braves gens, ils décidèrent de partager cet argent avec les habitants de leur petit village. On fit des travaux à l’église dont le toit menaçait ruine, l’auberge fut mise au goût du jour avec de jolies tables, on modernisa le four à pain, la route principale qui n’était qu’un sentier de terre fut aménagée. Dans les champs, les clôtures furent réparées.

Le curé, qui était allé dans de grandes cités, se demanda s’il n’était pas possible de faire une statue recouverte d’or puisqu’on en avait à profusion. On consulta des sculpteurs, des orfèvres, et tous se mirent au travail, pour prélever l’or, puis pour sculpter, tailler et fondre cette statue qui représentait la vierge Marie. Le curé suivait avec beaucoup de soin ce qui se passait. Il se réjouissait d’avoir bientôt dans l’église cette statue qui ferait l’admiration de toute la région.

Tout le village s’y mit lorsque le moment fut venu d’organiser une fête pour célébrer cette sculpture. On nettoya le village entier, on planta des fleurs, la petite église resplendissait, des cierges l’illuminaient. Chaque maison avait été également nettoyée, tout ce qui était cassé avait été réparé, il y avait des fleurs le long de la route en ce début d’été, et l’air embaumait. Les cloches sonnaient joyeusement invitant les paroissiens à venir participer à la messe. Maître Benoit était là lui aussi et il s’approcha de Pierre.

  • Vous n’avez pas tenu compte de mon avertissement, je vous avais dit de ne pas parler de cet or, vous allez avoir des problèmes, et pas que vous, tout le village. L’or attire les convoitises, croyez-moi !
  • Il ne nous a pas été possible de cacher ce que nous avions trouvé, et notre village est si pauvre qu’il était juste d’en faire profiter tout le monde pour que l’on puisse tous vivre mieux.
  • Certes, je comprends, dit Maître Benoit, mais malheureusement, il y a des envieux, faites attention.

Pierre était quand même étonné, comment leur faire des reproches quand ils avaient partagé cet or pour le bien de tous ? Ses amis étaient de son avis. On devrait plutôt les remercier !

Il y eu un grand banquet devant l’église pour fêter l’évènement, les femmes avaient cuisiné pour tous. C’était un jour de fête. Le curé ne se lassait pas d’admirer la statue de la Vierge. Elle était si belle ! Elle resplendissait, c’était une bénédiction pour l’église, le village.

Le soir venu tous rentrèrent chez eux, contents de la journée. Il y avait encore du travail à faire dans les fermes car en cette période de l’année ce n’était pas le travail qui manquait.

Le lendemain dès l’aube les hommes étaient aux champs, les femmes s’occupaient de la maison, des enfants et de la traite des vaches. Les hommes réglaient leurs travaux sur la cloche de l’église, mais ce matin-là, la cloche ne sonna pas. Très intrigués, les hommes se rendirent à l’église et ne voyant le prêtre nulle part, ils l’appelèrent, le cherchèrent, sans succès.

Peut-être, se dirent ils, est-il allé pour une urgence à la ville voisine ? Mais en ce cas il prévoyait toujours quelqu’un pour sonner la cloche.

Alertées, les femmes s’inquiétèrent. Tout cela n’était pas naturel, pas normal du tout !

Ils attendirent donc le retour du prêtre, mais le lendemain matin il n’était toujours pas de retour. Les hommes discutaient devant l’église quand 4 cavaliers vêtus de noir arrivèrent brusquement et arrêtèrent leurs chevaux dans un nuage de poussière.

  • Si vous attendez le curé, n’y comptez pas. Nous l’avons arrêté et nous ne le relâcherons que lorsqu’il nous aura dit d’où vient cet or que vous dépensez sans compter. Sachez que tout ce qui est ici nous appartient, les champs, les maisons, les animaux, et vous, vous êtes là parce que nous le voulons bien. Tout ce que croyez vous appartenir nous appartient, vous n’êtes rien sans nous. Si vous voulez revoir votre curé, il faudra nous dire d’où vient tout cet or, où l’avez-vous trouvé. Ensuite nous reprendrons tout ce qui est à nous d’une façon ou d’une autre. Nous reviendrons demain et nous attendons votre réponse sinon vous le regretterez !

Et dans un nuage de poussière, ils disparurent.

Sous le choc, les amis se regardaient consternés.

  • Ce sont les gens du château, dit l’un
  • On ne les voit jamais, dit un autre
  • Oui, dit Pierre, mais on sait très bien qu’ils sont avides, même s’ils sont très riches
  • Qu’est ce qu’on va faire ? On ne peut pas laisser notre curé entre leurs mains !
  • D’autant qu’ils sont capables de le tuer et ils le feront même s’il ne sait rien !
  • Ils le feront même s’il leur disait tout, répliqua un autre
  • On ne sait pas ce que ces gens sont capables de faire, il vaudrait mieux leur dire
  • Jamais de la vie, ils en ont plus qu’assez, ils ne se sont même pas donné la peine de chercher et il faut que nous leur donnions tout ? Pas question !
  • Je suis d’accord avec Pierre, dit Jean, son voisin, il faut cacher ce qu’on a rapporté ici pour qu’ils ne le trouvent pas et ne rien dire

  • Et si on allait voir Maître Benoit ? Il pourrait peut-être nous aider
  • Oui, c’est une bonne idée mais il va encore nous dire qu’on n’aurait dû être plus discret …
  • Pour le coup c’est sûr qu’il avait raison

C’est ainsi qu’ils retournèrent à la petite maison de maître Benoît. Celui-ci était dans son petit jardin à ramasser des pissenlits.

  • Bonjour Maître Benoit, vous aviez raison, nous avons des problèmes avec les gens du château. Ils ont enlevé notre curé. Ils veulent qu’on leur dise d’où vient cet or sinon ils vont le tuer, ils disent que tout leur appartient

Maître Benoît les regarda tristement.

  • Je vous avais bien dit de faire attention ! Vous avez été fort imprudents. Ces gens sont très dangereux.
  • Mais que pouvons-nous faire maintenant ?
  • Je crains que même si vous leur disiez d’où il vient, qu’ils ne tuent ce pauvre curé, qui d’ailleurs ne sait rien.
  • Ils vont revenir demain, qu’est ce qu’on va faire ?
  • Et bien, vous pouvez toujours leur dire et voir ce qui se passe

Les hommes protestèrent : ils n’avaient pas gardé cet or pour eux, ils en avaient fait profiter tout le village, ils n’avaient fait de mal à personne, grâce à eux chacun vivait mieux. Extraire cet or était dur, ils le faisaient par petit peu, et ces gens du château s’ils en voulaient ils n’auraient eu qu’à le chercher eux-mêmes.

Maître Benoit réfléchit et dit :

  • Allez à l’église prier Marie, c’est elle qui vous inspirera. Que vos femmes et vos enfants vous rejoignent, le cœur des enfants est pur. Je vais en attendant faire brûler des herbes pour la purification et je vous rejoindrai plus tard.

Chacun rentra chez soi et expliqua aux siens ce qui se passait. Les femmes étaient consternées, craignant pour le curé mais aussi pour leurs maris. Pourquoi les persécutait on de la sorte ? Du château on ne savait à peu près rien, sinon que des gens bizarres y habitaient, que des corbeaux volaient au-dessus des tours et que ce château avait vraiment l’air lugubre.

Et donc, après le souper, les familles se dirigèrent vers l’église. Les enfants portaient des fleurs et on les plaça près de la statue de Marie. Puis les femmes égrenèrent le chapelet. Petit à petit des enfants s’endormaient. On avait allumé des cierges et la statue brillait de mille feux.

Arriva alors maître Benoit. Il attendit que les femmes aient terminé le chapelet et leur dit :

  • Mes amis, la situation est grave, la vie de notre brave curé est en jeu, et qui sait ce que ces gens peuvent faire. Je vous recommande demain de ne pas mettre les enfants à l’école mais de les garder cachés chez vous au cas où ils voudraient en prendre quelques-uns. Les femmes vous restez dans les fermes, comme ça vous aurez un œil sur les enfants. Que les anciens restent aussi dans les fermes, pas question de partir en promenade.

 

Puis il s’adressa aux hommes :

  • Avez-vous réfléchi à ce que vous voulez faire ?
  • Nous avons parlé entre nous, dit Pierre, pas question de leur dire où nous avons trouvé cet or. De toute façon si nous leur disons, ils nous voleront tout.
  • Bien, si c’est votre décision. J’ai apporté de l’encens, je vais l’allumer et vous pouvez rester à prier tant que vous voulez.

Les femmes étaient parties coucher les petits. Il faisait nuit mais les hommes restèrent pour prier Marie. Entourée par les flammes des cierges et la fumée dégagée par l’encens, il sembla à ceux qui étaient restés, que la statue bougeait, aucun n’osant le dire à son voisin de peur qu’on ne le prenne pour un fou.

Vers 1h du matin, tous rentrèrent chez eux prendre un peu de repos.

Le lendemain matin les hommes partirent pour l’église, les femmes restées chez elles cachèrent les enfants en leur demandant de ne pas faire de bruit, et s’occupèrent des fermes.

La porte de l’église était grande ouverte et les hommes étaient devant à discuter quand les quatre cavaliers de la veille arrivèrent dans un flot de poussière.

  • Votre curé dit toujours qu’il ne sait rien, nous attendons de vous que vous nous disiez où vous avez trouvé cet or qui nous appartient
  • Cet or ne vous appartient pas, nous l’avons trouvé, il est donc à nous. Nous avons juste aidé les gens de ce village car ils sont pauvres. Vous êtes riches, vous n’avez pas besoin d’autre chose mais dans ce village on manque de tout.

Libérez notre curé il ne sait rien, dit Pierre

  • Ainsi vous refusez de nous dire où est cet or, donc tant que vous ne nous ne l’aurez pas dit nous vous punirons, vous, vos familles, vos animaux et vos terres !

Et ils s’en retournèrent aussi vite qu’ils étaient venus.

Que vont-ils faire se demandaient les hommes ? et ils allèrent raconter à Maître Benoit ce qui s’était passé.

  • Protégez vos bêtes, vos familles, leur dit-il, je vous recommande encore d’aller prier Marie à l’église avec vos familles. C’est Marie qui va vous aider. Je vous rejoins plus tard.

Ce soir-là, après avoir mené les vaches à la fontaine, les familles retournèrent à l’église et prière Marie de les aider à résoudre leur problème, et que le curé leur soit rendu sain et sauf. Les femmes étaient particulièrement inquiètes, pour leurs maris, leurs familles et leur bétail. Qui sait ce qui pouvait arriver !

Ce soir-là, tous prièrent avec ferveur. La petite église était toute éclairée par les cierges qui brûlaient. Des enfants avaient apporté des fleurs. Dans la lumière vibrante des flammes, Pierre se rendit compte, encore une fois, que la statue de Marie bougeait. Ou était-ce une impression ?

Maître Benoit vint un peu plus tard. Pierre s’approcha de lui et lui parla à voix basse :

  • Je dois devenir fou, j’ai cru voir la statue de Marie bouger

Maître Benoit sourit et lui dit :

  • Tu ne deviens pas fou, simplement tu vois ce qui est invisible aux autres. Marie a bien bougé, ce n’est pas une impression, mais tout le monde ne le voit pas. Toi tu crois en elle, tu es bon avec les autres, tu as ouvert ton cœur, c’est pourquoi tu la vois.

De stupéfaction, le cœur battant, Pierre s’assit sur une chaise.

  • C’est pas possible !
  • Et comment puis je aider dans ce cas ?
  • Ne t’inquiète pas dit Maître Benoit, Marie te le dira au bon moment.

Pierre ne dit rien à personne de ce qui était arrivé, et tous rentrèrent chez eux.

Le jour suivant, les femmes gardèrent encore les enfants à la maison afin de les protéger, et les hommes se retrouvèrent devant l’église lorsque les quatre cavaliers firent de nouveau leur apparition dans un flot de poussière.

  • Alors, dit l’un d’eux, êtes vous décidés à nous dire d’où vient cet

or ?

  • Vous n’avez qu’à le chercher vous-même dit l’un d’eux
  • Tout ce qui est ici est à nous rugit l’un des cavaliers, cet or ne vous appartient pas. Nous allons commencer à vous tuer un par un jusqu’à ce que vous nous indiquiez où vous l’avez trouvé ! Et nous commencerons par votre curé !
  • Vous pouvez toujours le tuer, il ne sait rien !
  • Tant pis pour vous ! Et nous continuerons jusqu’au dernier
  • Vous serez bien avancés car personne ne vous dira rien !
  • Ensuite nous prendrons vos femmes puis vos enfants
  • Les femmes ne sont au courant de rien et les enfants non plus !
  • C’est ce que nous verrons !

Et ils disparurent.

Qu’allons-nous faire se dirent-ils ? Eux sont riches, nous n’avons rien, nous travaillons sans relâche, et pour une fois qu’on a l’occasion de vivre un peu mieux, ils veulent nous tuer pour s’enrichir encore !

  • Il faut leur dire, dit l’un d’eux, on ne peut pas laisser mourir notre curé
  • Jamais de la vie répliqua l’un d’eux il faut trouver une solution pour les empêcher de le tuer et de nous tuer
  • C’est une bonne idée dit Pierre, mais quelle solution ?
  • J’aurais bien une solution di Maître Benoit, mais c’est un peu risqué et il va falloir la foi de tous
  • Nous t’écoutons
  • D’abord nous prions, ensuite lorsqu’ils viendront nous les emmenons à la grotte, nous les laissons rentrer à l’intérieur mais nous restons à l’extérieur, j’insiste, nous restons tous à l’extérieur
  • Et alors ?
  • Ils vont s’extasier sur la grotte et Dieu la refermera pour nous. De cette façon ils seront prisonniers et périront. Nous n’aurons plus accès à la grotte mais que vaut-il mieux ? Sauver notre vie et celle de nos proches ou avoir de l’or. Nous en avons déjà pas mal, ça nous a permis de vivre mieux. C’est un choix que nous devons faire.
  • Et comment la grotte se fermera-t-elle ?

Maître Benoît sourit

  • Nous allons demander à Dieu et à Marie de nous aider dans cette épreuve. Je vous demande à tous de croire en ce que je vous dis, autrement la grotte ne se fermera pas et nous mourons tous. Courez vite demander à vos familles de joindre leurs prières aux nôtres. Plus nous serons nombreux à prier, plus nos prières seront entendues.

Certains parmi eux n’y croyaient pas et pensaient que Maître Benoît avait perdu la tête. Comment une grotte pouvait-elle se fermer subitement ? Les roches étaient dures et solides. Mais que faire d’autre ? Il n’y avait pas d’autre proposition.

Les hommes coururent dont prévenir leurs familles respectives pour que leurs prières se joignent aux leurs afin que personne de soit tué et que les hommes du château soient enfermés dans la grotte. Et eux retournèrent dans l’église prier près de la statue de Marie.

Tout en priant, Pierre regardait la statue illuminée par les cierges avoisinants. Dans la lumière vibrante des cierge, Pierre vit la statue lui sourire, d’un doux sourire et cela le réconforta. Quand son voisin, Jean, se pencha vers lui et lui dit :

  • Tu as vu ce que je vois ?
  • Tu as vu quoi ?
  • J’ai vu la statue me sourire, j’ai dû rêver
  • Tu n’as pas rêvé, je l’ai vu aussi
  • Alors c’est bon signe, on va réussir
  • Je le pense aussi, même si ça semble improbable

Maître Benoît avait aussi vu la Vierge sourire et il la remercia.

Les femmes avaient puisé l’eau pour abreuver les bêtes, la paille avait été changée. Elles s’occupèrent ensuite des enfants, leur préparant de quoi manger et veillant à leur bien-être. 

 

Lorsque les hommes rentrèrent ils trouvèrent bizarre de voir des vaches couchées en grand nombre par terre au long des champs. Ce n’était pas dans leurs habitudes. Les femmes alertées ne comprenaient pas non plus jusqu’à ce que l’un des enfants arrive plié en deux

  • Maman, j’ai mal au ventre
  • Qu’as-tu mangé que tu n’aurais pas dû ?
  • Mais rien s’énerva l’enfant, juste ce qu’on a mangé ce soir.
  • Ils ont mangé quoi ce soir ? demanda Pierre
  • Il y avait des pommes de terre, et il restait un peu de saucisse et des fruits secs
  • Tu es sûr de ne rien avoir mangé d’autre ?
  • Oui, ni moi ni les autres
  • Comment ça les autres ?
  • Bah oui, on a tous mal au ventre
  • C’est pas possible, ils ont dû manger autre chose ! et Jeanne se précipita dans la maison suivie par son fils

Entre temps le voisin de Pierre arriva, chez lui aussi la maisonnée était malade, les enfants ne faisaient que de vomir, ils se plaignaient de douleurs au ventre.

  • Quelque chose ne va pas dit Pierre, courons voir Maître Benoit, il saura ce que nous devons faire

En chemin ils rencontrèrent plusieurs hommes venant à leur rencontre pour les mêmes problèmes.

  • Maître Benoît, Maître Benoit, ouvrez-nous vite !
  • Que se passe-t-il ? demanda Maître Benoit en ouvrant la porte
  • Tous les enfants sont malades nous ne savons pas quoi faire ! Ils n’ont pas tous mangé la même chose, la nourriture ici est saine, que peut-on faire ?

Maître Benoit réfléchit puis il dit :

  • Ce n’est pas la nourriture qui les a empoisonnés, c’est l’eau !
  • L’eau ! s’exclamèrent les hommes ensemble
  • Comment c’est possible ?
  • Mais alors, c’est pour ça que les bêtes étaient couchées quand on est revenu de l’église ! Miséricorde, si les bêtes ont bu l’eau elles sont malades aussi !
  • Pourtant les femmes on bien dû boire de l’eau aussi
  • Pas forcément dit Maître Benoît, elles ont plus certainement bu du vin, où alors elles en ont bu beaucoup moins que les enfants
  • Mais qu’allons-nous faire ? Nous risquons de perdre nos enfants et nos troupeaux, que pouvons-nous faire ?
  • Je connais un remède c’est le charbon végétal activé, il faut en donner tout de suite aux enfants et pendant plusieurs jours pour qu’ils éliminent le poison. J’en ai sûrement assez aussi pour les bêtes.

Tout en courant vers leurs maisons les hommes se demandaient, mais que s’est il passé pour que l’eau soit empoisonnée ?

  • Ne cherchez pas di Maître Benoît, ce sont ces monstres qui ont versé quelque chose dans les puits !

Et il se précipita dans la première maison pour commencer à donner ce remède aux enfants. Pendant ce temps les hommes se concertèrent pour savoir comment ils allaient faire pour donner de l’eau aux enfants et aux troupeaux.

  • On pourrait la prendre directement dans la rivière
  • Oui, mais ça va nous obliger à un sacré travail ! Il faudra aller la chercher, pour les familles et les bêtes ! Ça fait un sacré nombre de sceaux !
  • On pourrait aussi récolter l’eau quand il pleut pour arroser les légumes, on la stocke dans de grands tonneaux et on la garde pour quand il ne pleut pas
  • On a intérêt à s’y mettre le plus vite possible pour les enfants d’abord, et pour les bêtes.

Ainsi fut fait; pendant que les femmes s’occupaient des enfants, Maître Benoît s’occupa des soins et les hommes ramenèrent de l’eau en la puisant dans la rivière.

Plus tard, à la nuit tombée, Maître Benoît buvait un verre de vin à l’extérieur de la maison de Pierre avec d’autres voisins.

  • Merci beaucoup Maître Benoît de votre aide, qu’aurions nous fait sans vous !
  • Voyez-vous, je crains qu’il ne faille mettre mon idée en route car ces hommes sont très dangereux, ils l’ont montré aujourd’hui, pour s’approprier ce qu’ils considèrent leur appartenir, ils sont prêts à vous tuer, à tuer vos familles pour s’emparer du peu que vous avez, ce sont des monstres, rien ne les arrêtera.
  • Je crains que Maître Benoit n’ait raison, dit Jean, quand ils reviendront il faudra leur dire où nous avons trouvé l’or.
  • Oui, et là on les conduira à la grotte on les fera entrer et la grotte se fermera toute seule ! C’est une plaisanterie !

Maître Benoît les regardera tous et dit :

  • Vous devez tous y croire, avoir foi, c’est Marie qui nous sauvera. Si l’un d’entre vous n’y croit pas, alors nous ne réussirons pas, c’est bien compris !
  • De toute façon, on n’a pas le choix, c’est notre seule solution dit Pierre
  • Bon, allons tous prendre un peu de repos, nous en avons besoin

Le lendemain matin les hommes étaient sur la place de l’église quand les cavaliers arrivèrent avec le curé. Mais cette fois ils étaient beaucoup plus nombreux.

  • Alors ! Vous allez nous dire précisément où vous avez trouvé cet or !
  • Oui, dit Pierre, on va vous y conduire
  • C’est pas trop tôt !

Et ils partirent dans la forêt. Après environ une heure de marche ils arrivèrent devant la grotte, le temps s’était gâté, le ciel était devenu menaçant.

  • Voilà c’est là dit Pierre, vous pouvez y aller

Pressés d’entrer dans la grotte et de voir cet or, les cavaliers laissèrent leurs chevaux à l’extérieur et commencèrent à y rentrer.

  • Vous n’avez pas besoin de notre curé pour entrer, il vous attendra ici dit Pierre
  • Non, il vient avec nous !
  • Où voulez-vous qu’il aille ? Vous êtes à deux pas et armés !

Après un instant d’hésitation :

  • Bon, ça va ! qu’il attende ici

Lorsqu’ils furent tous entrés dans la grotte, Maître Benoît étendit sa main devant et demanda tout doucement aux hommes qui l’accompagnaient :

  • Ecartez vous de l’entrée, mettez vous de côté et croyez que la puissance de Dieu est immense.

Puis il se concentra en fermant les yeux et brusquement un grondement sourd s’éleva de la falaise et en quelques secondes des pans de la roche s’écroulèrent bloquant l’entrée.

Tous s’écartèrent encore plus loin certains se saisirent aussi des chevaux pour les éloigner du danger. Les chevaux étaient très nerveux, il fallait les calmer, d’autant que la pluie tombait maintenant à verse et que l’orage commençait à gronder. La pluie dispersa la poussière qui s’élevait encore.

  • Merci mon Dieu ! dit Pierre, c’est terrible mais ces être malfaisants vont subir leur châtiment !
  • Nous prierons pour eux dit Maître Benoît, malgré qu’ils aient tenté de faire périr vos familles, vos enfants et votre bétail
  • Je prierai pour le repos de leurs âmes dit le curé
  • Je crois cependant que leur châtiment n’est pas complètement terminé dit Maître Benoît
  • Que peut il bien encore leur arriver ? demanda Jean
  • C’est Dieu qui jugera dit Maître Benoît, en attendant mieux vaut regagner le village. Nous nous arrêterons à l’église pour remercier Marie.

Ils repartirent vers le village. La pluie tombait en abondance et les éclairs zébraient maintenant le ciel. Les chevaux furent mis à l’abri dans des granges et le curé retrouva son église pour y célébrer une action de grâces.

Lorsqu’ils sortirent de l’église, l’orage battait son plein. Tout ce qui avait été mis en place pour se remplir d’eau se remplissait rapidement.

Et soudain les éclairs se succédèrent violemment et éclatèrent dans un bruit assourdissant. Les hommes assemblés devant l’église virent la foudre tomber plusieurs fois sur le château en haut de la colline. Ils virent le feu se propager aux alentours du château, ils entendirent des explosions. Fascinés par le spectacle qui s’offrait à eux, personne ne bougeait. Puis dans un grand fracas les murs du château s’écroulèrent et malgré la pluie la poussière s’élevait dans le ciel.

Le silence se fit puis Maître Benoît dit :

  • Désormais vous n’aurez plus accès à cet or mais vous avez sauvé vos familles, votre bétail et vous pourrez travailler normalement sans avoir à craindre qu’on ne vous tue. Certes il y a du travail, mais ce sera pour créer un monde meilleur pour tous car ces gens monstrueux sont partis.

Tous remercièrent maître Benoît et rentrèrent dans leurs maisons pour retrouver leurs familles, mais désormais il n’y avait plus de château au sommet de la colline.

 

 

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Date de dernière mise à jour : 07/04/2021