Au sommet de la colline -3-

Les jours passaient et il semblait que tout continuait comme avant. Puis une nuit Pierre fut réveillé par une forte odeur de brûlé. Il se précipita dehors et se rendit compte que deux granges au long de la route avaient pris feu simultanément.

  • Au feu, au feu, hurla-t-il

Le curé fut réveillé et sonna la cloche, ce qui fit que rapidement tout le village fut réveillé et l’on tenta de sauver ce qu’il était possible de sauver. On se passait les seaux de mains en mains en puisant l’eau dans la rivière voisine mais malheureusement devant deux feux simultanés on ne put rien sauver

et au matin il ne restait que des ruines fumantes, le foin était perdu. Heureusement les incendies ne s’étaient pas propagés aux autres granges ou aux habitations.

  • Il n’y a pas eu d’orage dit François, il ne faisait pas trop chaud, comment se fait-il que deux feux se soient déclarés en même temps, qui a fait ça ?
  • C’est vrai, dit Jean, ce n’est pas normal, ces feux ont été allumés exprès
  • Encore une chance que l’on ait pu intervenir rapidement, heureusement car tout aurait pu brûler !
  • J’ai été brûlé au bras dit Jean, ça me fait un de ces mals !!

Maître Benoît s’avança.

  • Viens ici Jean, dit-il

Puis il souffla trois fois en forme de croix sur la brûlure et récita la prière à Saint Laurent :

O grand Saint Laurent,
Sur un brasier ardent
Tournant et retournant,
Vous n’étiez pas souffrant.
Faites-moi la grâce
que cette ardeur se passe :
Feu de Dieu, perds ta chaleur,
Comme Judas perdit sa couleur,
Quand il trahit par passion juive,
Jésus au jardin des olives.

Quand il eut fini, il dit à Jean :

  • Va voir ta femme qu’elle te mette du miel là-dessus et qu’elle te fasse un bandage. Ça va se remettre rapidement.

Jean remercia Maître Benoît et partit retrouver sa femme.

Pierre regarda Maître Benoît.

  • Que pensez vous de ces incendies Maître Benoît ?
  • Je pense qu’ils ne sont pas survenus tout seuls, si tu comprends ce que je veux dire !
  • Tout le monde dormait, quand je suis sorti je n’ai vu personne, certainement que ça brûlait avant, le temps que je le sente et que je me réveille
  • Aucun du village n’aurait fait ça, on sait tous le travail que ça représente, et si tu ne t’étais pas réveillé des maisons auraient pu bruler
  • Oui, ça aurait pu être bien pire !! Maintenant que pouvons-nous faire ? On ne sait pas qui a fait ça, on suppose juste
  • En effet mais mon ressenti c’est que ce sont ces gens qui ont été piégés dans la grotte et qu’ils sont très en colère. En plus leur château a été détruit par l’orage.
  • Oui, mais pour l’orage on n’y est pour rien ! et pour la grotte on a juste laissé faire.
  • Le problème c’est qu’il va falloir se protéger maintenant, car ils ne vont pas s’arrêter là !
  • Ils peuvent s’en prendre aux femmes et aux enfants, et détruire complètement le village
  • En effet. Je vais faire un rituel afin que chaque maison soit protégée. Par contre il faudra garder les enfants à la maison, autrement ils vont être trop faciles à attraper.
  • D’accord, je vais faire un brin de toilette. Si vous avez besoin de moi, vous savez où me trouver. Je vais passer avant voir ceux dont les deux granges ont été détruites.
  • D’accord.

Ils se séparèrent et Pierre partit vers la maison de Jacques. Il trouva sa femme qui pleurait dans la cuisine.

Marthe se leva et essuya ses yeux.

  • Bonjour Marthe, dit-il, Jacques est là ?
  • Il est à la grange
  • Merci, j’y vais

Pierre rejoignit Jacques dans ce qu’il restait de la grange. Il faudrait tout nettoyer et reconstruire le toit. Les poutres s’étaient effondrées.

Les deux hommes contemplaient le désastre.

  • Toute une année de travail dit Jacques, et le toit à refaire, comment je vais faire pour nourrir mes bêtes ?
  • On va te donner un coup de main pour tout nettoyer d’abord, ensuite on t’aidera pour refaire le toit

Jacques était sur le point de pleurer.

  • Merci beaucoup !
  • Pour le foin, on va voir comment on peut s’organiser. L’année a été bonne, on partagera.
  • C’est vraiment gentil, dit Jacques, je ne sais pas comment te remercier !
  • Bah ! on va pas te laisser comme ça, toi et ta famille ! Je vais voir si on peut commencer dès demain à déblayer, qui est disponible et comment on va s’arranger pour le foin.
  • Merci, merci beaucoup, dit Jacques

Pierre se rendit ensuite chez Gauthier. Il le trouva en train de déblayer ce qui pouvait l’être et lui fit les mêmes propositions qu’à Jacques, ce que Gauthier accepta de grand cœur.

Ensuite Pierre rentra chez lui tout en ayant encore l’odeur acre de feu qui lui piquait les yeux.

Sa femme était en train de préparer une tourte pour le déjeuner, elle sourit en le voyant.

  • Te voilà dans un bel état ! Il y a de l’eau près de l’évier, tu peux te nettoyer.

Et elle demanda : "Comment va Marthe ?"

  • Tu sais, je l’ai à peine vue, elle pleurait dans la cuisine !
  • Quel malheur ! j’irai la voir tout à l’heure, et comment vont-ils faire ?
  • On va les aider à arranger la grange, pour Gauthier aussi, et pour les bêtes, on donnera chacun un peu de foin, ça a bien rendu cette année.
  • Bien rendu, bien rendu … c’est vite dit !
  • On n’a pas le choix, on ne peut pas les laisser mourir de faim ainsi que leurs bêtes, ça aurait pu être notre grange, et ce n’est pas encore fini !
  • Comment ça pas encore fini ?
  • En effet, on ignore qui a fait ça, mais on suppose que ce sont les hommes du château
  • Mais il n’y a plus de château !
  • Justement, il est fort probable que ce soit une vengeance pour la grotte et le château
  • Mais qu’est-ce qu’on va faire ? Si c’est ça, ils vont recommencer !
  • C’est ce que dit Maître Benoît
  • Tu te rends compte s’ils brûlent les autres granges, où les maisons, où même l’église ?
  • Oui, je me rends compte. Maître Benoît a dit qu’il allait faire un rituel pour nous protéger.

Son épouse le regarda l’air sceptique.

Une fois nettoyé, Pierre ressortit et en se rendant vers l’église, il vit Maître Benoît qui faisait des prières et de grands gestes autour d’une maison. Il le laissa terminer puis s’approcha. Il avait confiance en lui, et ça ne lui serait même pas venu à l’idée de lui demander ce qu’il faisait. Quand il eut fini, Maître Benoît se retourna et vit Pierre.

  • Ah, tu es là !
  • Oui, je vais voir le curé
  • Tu peux lui dire de prier pour le village et pour nous tous !
  • Je vais le faire, dit Pierre
  • Tu lui diras aussi de brûler ceci dans l’église, dit Maître Benoit, et il sortit de son sac posé à terre un linge blanc dans lequel des plantes étaient enveloppées. Les plantes étaient reliées entre elle par un lien. Il y en avait en plusieurs petits bouquets.

Pierre prit les plantes, et dit :

  • Je vais lui dire et lui donner, dit Pierre, il doit brûler tout cela ?
  • Oui, dit Maître Benoît, ça serait mieux. Il peut les placer à différents endroits dans l’église. Je te remercie, je comptais y aller mais ça va me faire gagner du temps pour protéger le village.
  • J’y cours, dit Pierre, si je peux faire quelque chose ensuite, tu me diras.

Et Pierre poursuivit son chemin vers l’église.

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Date de dernière mise à jour : 04/05/2021